Au XVe siècle, l’expansion maritime portugaise ne repose pas seulement sur l’audace des navigateurs, mais sur une compréhension progressive des vents dominants de l’Atlantique Nord.
Les navires partis du Portugal pour explorer les côtes africaines ne longent pas toujours les rivages. Afin de gagner du temps et d’éviter les calmes côtiers, ils s’éloignent volontairement vers l’ouest pour profiter des alizés, vents réguliers soufflant du nord-est vers le sud-ouest. Ce que l’historiographie moderne désigne parfois comme l’alizé portugais souffle fréquemment entre la péninsule Ibérique et le littoral du Sahara. Ces vents portants facilitent la descente vers l’Afrique, mais rendent le retour direct vers l’Europe pratiquement impossible en navigation à contre-vent.
À l’aller, pour atteindre les régions australes de l’Afrique, les navigateurs portugais adoptent des trajectoires de plus en plus au large. Après avoir dépassé le cap Bojador ils s’éloignent largement vers le sud-ouest afin de capter les vents d’ouest sous le tropique du Capricorne, qui leur permettent ensuite de faire route vers l’actuel Cap de Bonne-Espérance .
C’est dans ce contexte de navigation océanique qu’apparaissent la découverte des archipels atlantiques. Les Açores occupent une position stratégique au cœur du système dépressionnaire nord-atlantique, tandis que les Canaries se situent à la limite méridionale des alizés. Ces îles deviennent des points d’appui essentiels.
Pour le retour vers l’Europe, plutôt que de lutter contre les vents contraires, les navigateurs remontent jusqu’aux environs du 35e parallèle nord, où ils rencontrent des vents d’ouest puissants et relativement constants, capables de les ramener efficacement vers la péninsule Ibérique. Cette manœuvre, connue sous le nom de volta do mar, devient l’un des fondements de la navigation atlantique.
Cette circulation des vents forme ainsi un immense circuit naturel. En le suivant toujours plus loin vers l’ouest, certaines expéditions atteignent les rivages de l’Brésil, officiellement reconnus par le Portugal lors du voyage de Pedro Álvares Cabral en 1500. Ces principes de navigation, d’abord mis au point par les Portugais, seront ensuite repris et adaptés par les navigateurs espagnols et les autres puissances maritimes européennes.
Bien avant l’établissement de cartes précises, ce sont ainsi les vents eux-mêmes qui ont tracé les premières routes de l’Atlantique moderne.

